Mon rêve Américain

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Une fois n’est pas coutume, je prends à nouveau la plume pour vous conter mon aventure extra-ordinaire au pays des super héros.

CHAPTER ONE : L’ATTENTE

Avec un décalage horaire en notre faveur le réveil à 4h30 n’est finalement pas si terrible. Tenue optimale pour affronter le froid et les longues heures d’attente prévues avant d’entrer dans les corals, je superpose les couches de vieux vêtements au maximum. Transfert en bus, aucune pression, je me demande juste comment je vais occuper mon temps de 6h30 à 10h55 – heure de mon départ dans la vague 4, la dernière.

Tout le monde descend du bus, il fait encore nuit et le vent souffle. On est prêt à en découdre avec les éléments ! Faîtes entrer le vent, le froid, la populace, et les contrôles de sécurité.  

J’ai fait la connaissance de Thierry et nous nous dirigeons tous les deux vers les entrées. Premier contrôle, on me demande de vider mon sac de vivres (j’ai fait quelques réserves de cacahuètes pommes et autres « bagel » pour subsister jusqu’à la saison nouvelle !) et de disposer le tout dans des sacs plastiques transparents logotés Marathon de NYC. Deuxième étape, des hommes en uniforme sont postés dans une grande ligne droite avec des «bomb sniffing dogs», ils crient les phrases suivantes : «hands up, show your bib and phone on your right hand». Imaginez donc des centaines de bonhommes en baskets fluos marchant les bras en l’air pour montrer leur dossard avec leur téléphone portable dans la main droite. Les appels autoritaires et directifs des policiers me tirent de mon demi-sommeil et les américains ne faisant pas les choses à moitié nous voici scannés par les détecteurs à métaux comme à l’aéroport !

J’ai l’impression d’être à Disney et d’entrer enfin dans le parc ! Je vais bientôt pouvoir faire les manèges ! Les différents Corals sont verts, bleus ou oranges et c’est là que nos chemins se séparent avec Thierry mon compagnon de fortune. Après une petite photo avec un magnifique bonnet en polaire orange (Merci les bénévoles excellentes idées qui m’a sans doute permis de ne pas mourir de froid) je me dirige donc vers le Coral Bleu. A priori un bon petit déjeuner nous y attend. Lorsque j’arrive au niveau des tentes, c’est un tout autre spectacle qui s’offre à moi : surréaliste ! Comme en temps de guerre, les rescapés sont réfugiés sous les tentes, agglutinés les uns contre les autres pour se tenir chaud et entassés sous 30m carrés de chapiteau. Le jour n’est pas encore levé, un frisson me parcours le corps et je me dis que ce n’est qu’une vue de mon esprit, nous allons courir et non pas nous battre ! Chacun a revêtu sa plus vieille tenue, certains sont en peignoirs de bain, d’autres en pyjama d’hiver et ils ont re-doublé d’imagination pour transporter tout objet pouvant servir de protection contre le froid : couverture de survie, sac plastique, sac poubelle, journal en papier et je vois même une nappe en toile cirée ! Je tente de me frayer un chemin à travers les corps allongés à même le sol et après avoir trouvé un petit espace vide je me métamorphose moi aussi en clocharde d’un jour ! Très vite je  sympathise avec les autres SDF qui m’entourent. Ben le canadien de Montréal et Katie la New-Yorkaise. Nous parlons beaucoup de sujets diverses et variés et même si l’ambiance est en apparence très détendue je sens que ces deux-là sont nerveux. Ils consultent régulièrement leur montre et refusent systématiquement mes propositions de cacahuètes préférant des barres et des gels mélangés à une boisson d’attente.

Soudainement, nous coupant dans notre discussion, un marshal entre dans la tente. Il fait un appel pour la vague UNE. Tels des gladiateurs, certains se lèvent, à la fois soulagés de quitter un état depuis trop longtemps léthargique et angoissés de ne pas savoir ce qui les attend ensuite. L’entrée dans l’arène est proche et même si les lions sont remplacés par les kilomètres personne ne sait à l’avance comment va se passer sa course ! Mes compagnons m’abandonnent alors, il est 9h30 j’ai encore 1h30 d’attente ! Je récupère au fur et à mesure les «couvertures» abandonnées et me retrouve rapidement au chaud sous une pile de plastique. Je suis morte de rire toute seule de me voir dans une telle situation. 

Je somnole, j’observe la parade des nations représentés devant moi, drapeaux de couleurs sur les joues, chapeau aux couleurs de son pays, tous les moyens sont bons pour montrer d’où l’on vient et représenter son pays. Je me concentre pour ne pas prendre froid. Et puis mon tour vient enfin !

Je sors de mon abri de fortune et étire mon corps ankylosé, les genoux couinent un peu et le talon droit me rappelle qu’il faudra que je cours médio-pied si  je compte arriver au bout. Épuisée avant même d’avoir couru, et dire que ça coûte une blinde de devenir clochard !

CHAPTER 2 : THE AMAZING RACE

Je me rapproche du SAS et offre mes dernières vivres aux bénévoles dont le nez est rougi par le froid, ils me sourient ravis. Je fais alors une belle rencontre puisque je tombe par hasard sur des futurs clients vo2maxvoyages. Le groupe de pompier RAID AVENTURE dont un des beaux projets est de faire « courir » à Coline 5 marathons dans le monde entier. Courir pour un sourire tel est leur devise et celui de Coline est magnifique avec ses lèvres peintes en fushia et ses dents blanches colgate ! Tous en tenue orange, Coline est bien camouflée dans sa goélette menée par les pompiers. Elle me demande où j’ai trouvé mon "bonnet qui irait super bien avec sa tenue orange" et je décide donc de lui donner. Elle en aura définitivement plus besoin que moi ! Je fais connaissance de ces messieurs survoltés, excités comme des enfants faisant des bonds dans tous les sens et Coline de me dire : «si je pouvais faire ça je serais surement en train de sauter partout comme eux !». Les gens qui nous entourent dans la foule sont intrigués et lui posent plein de questions. L’heure est à la déconade et je me marre avec eux.

Une fois entrée dans le SAS de départ nous avançons lentement vers la ligne. Les monticules de vêtements qui font deux fois ma taille amoncelés sur les côtés nous donnent une idée du nombre de personne qui ont foulés le sol de cette ligne de départ avant nous. Encore une fois, un spectacle surréaliste alors que commence l’effeuillage des coureurs qui laissera enfin apparaître des tenus de sport plus adéquates ou des déguisements surprenants. Je rigole beaucoup et ils me prennent sous leurs ailes. Nous marchons au rythme de la mélodie de Franck Sinatra qui retentis jusqu’à nos oreilles : le «New-York, New-York» nous donne le rythme alors que le coup de feu retenti ! Top départ mais la ligne est encore loin,nous sommes partis les derniers et il n’y a plus personne derrière nous. Le temps est aux photos et aux vidéos et enfin ON Y EST ! Dès les premiers mètres sur le pont, les coureurs qui voient passer Coline et ses drôles de «mecs» commencent les acclamations et les pouces en l’air. On s’arrête prendre des photos et nous remontons bien vite le peloton, les pompiers sont en forme. Dès que les premiers spectateurs font leur apparition à la sortie du pont, l’émotion que je ressens devient difficilement contrôlable. Dur de courir la gorge serrée. Coline salue la foule à la façon d’une princesse, encourage les coureurs qu’elle dépasse grâce aux gros cœurs des garçons. Les américains sont en admiration devant eux, des «you are AMAZING » et des "GO GO GO" pleuvent de tous les côtés, les pouces se lèvent devant nous et en courant avec et derrière eux je glane toute la gratitude et l’enthousiasme envoyés par ces anonymes ! Je retiens mes larmes à de nombreuses reprises et je m’accroche pour suivre leur rythme en espérant pouvoir le garder jusqu’au bout ! Quelle merveilleuse expérience. Je suis ébahie, étonnée, sidérée, émerveillée, abasourdie et complètement décontenancée par tant de générosité. Celle des pompiers évidemment qui se relient à tour de rôle pour pousser la goélette mais aussi celle des spectateurs. Je ressens la sensation d’être accueillie comme une héroïne, comme si je venais de délivrer le pays à moi toute seule, comme si la foule acclamait mes performances sportives hors du commun, je me sens unique et semblable à tous ces gens en même temps. Une communion parfaite qui se matérialise par les mains tendues tout au long du parcours, que je me régale à taper et des panneaux d’encouragements «Touch here for power boost»,  «pain is temporary, pride is forever» ou encore «Yes stranger I am cheering YOU up !».

La musique est partout : avec les orchestres, aux fenêtres des immeubles dans le queens, aux postes de radios posés sur des chaises dans Harlem et même émanant directement des voitures dans le bronx, tous les moyens sont bons pour nous donner de la force et du courage. Les boulangers tendent des boîtes de cookies devant leurs magasins, les individuels tendent des mars, des bounty, des bonbons et même du ‘gatorade’ malgré les ravitaillements tous les miles. J’en prends plein les mirettes et je rêve éveillée. Je ne réalise pas que je suis en train de courir jusqu’au 26ème kilomètre ou je descends le dernier pont qui m’amène dans Manhattan et sur la 5ème Avenue. J’ai perdu les pompiers et je prends donc un rythme de croisière. J’ai presque envie de ralentir tellement je n’ai pas envie que ça s’arrête. Je n’ai rien vu passer du premier semi.

Plus j’avance et plus la foule se densifie. Je jette de nombreux coup d’œil derrière en espérant voir revenir les hommes en orange mais non je finirais la course en solo. J’me sens super bien, je n’ai pas de montre et je n’ai aucune idée du temps et de la distance qu’il me reste à courir. Je profite à fond de chaque instant, je souris à tous les gens qui m’encouragent car c’est la seule chose que je peux leur donner et ces sourires me reviennent comme des boomerangs et des coups de pieds au cul qui me motivent et me font accélérer !  Je ne ressens aucune fatigue, aucune douleur, je suis transportée et je survole la 5ème avenue sur mon petit nuage. Je vois apparaître Central park et la Place Colombus, je sais que l’arrivée n’est plus très loin et comme j’ai l’impression que ça peut me faire du bien je continue d’accélérer consciente que mon hypothalamus et mon hypophyse sont en plein travail de libération des endorphines. Le tout mélangé à l’adrénaline et l’euphorie, cocktail molotov détonant, je dépasse des coureurs aux mines défaites et je passe la ligne en sanglot sans jamais avoir ralenti ou marché (sauf aux ravitos évidemment) en 4h40 et parfaitement consciente à nouveau que j’ai une chance inouïe d’avoir vécu ces moments incroyables. Mes pensées sont confuses, la toute première ira vers mes parents, ma sœur et mon frère avec moi en pensées et par sms le long du parcours, puis à ma cousine Laetitia disparue depuis trop longtemps maintenant et à mon cousin Julien qui aurait eu 34 ans et qui nous a quitté il y a 13 ans jour pour jour en ce 3 NOVEMBRE 2013.

Je me demandais pourquoi tout le monde voulait courir New-York. J’ai compris.  

Une course qui ne laissera personne indifférent.

Une course dont on sort grandi, glorifié et adulé de tous.

Une course dont la médaille n’est pas seulement un souvenir mais un vrai symbole de Victoire. Une médaille qu’on vous demande de porter le lendemain dans les rues afin que chacun puisse encore vous «congratuler» et vous offrir des bières et des cookies !

Une course dont vous êtes le héros !

Une course qui apportera beaucoup à qui saura l’apprécier à sa juste valeur.   

Derrière cette course c’est tout les new-Yorkais que l’on retrouve. Pas seulement une course mais un vrai symbole depuis 34 années maintenant.

Cette course met en exergue la force des américains : dans la solidarité, la générosité et l’entraide dont ils font preuve à chaque fois que ce peuple subit un événement majeur. L’union fait la force et vous ne serez jamais seul.

Le temps d’une course moi aussi je me suis sentie américaine et j’ai même eu envie de crier : I HAVE A DREAM !!!

Caroline Saunier - vo2maxvoyages


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